“Amazones” qui êtes-vous ?

De l’histoire au symbole : combats et affirmation des femmes au Bénin et au delà

Sophie Négrier, vue de l'exposition “Amazones”, - 2017 - © Sophie Nègrier

Sophie Négrier, vue de l’exposition “Amazones”, – 2017 – © Sophie Nègrier

Questionner l’articulation des notions de pouvoir et de féminité, en mettant l’actualité du combat féministe en perspective avec l’histoire du continent, c’est ce que “Le Centre” basé à Abomey Calavi au Bénin entreprend depuis plus d’un an. Cet espace muséale vivant, a réalisé au cours de la saison 2017-2018 un grand cycle artistique et culturel autour de la figure emblématique de l’Amazone. En partant du patrimoine local et des traces qui ont été conservées de l’armée royale du Danhomè, l’équipe du Centre ravive la mémoire de ces combattantes illustres.

L’actualisation de cet héritage grâce à l’intervention des artistes contemporains a permis à la scène émergente d’exposer des œuvres inédites engagées sur la question du genre, et au public de découvrir un parcours solide qui lui offre de nouveaux outils de lecture à l’usage du quotidien.

« Amazones » : les déplacements d’un mythe

Dans les mythes qui nous sont parvenus de la Grèce antique, les Amazones sont décrites comme un peuple de femmes guerrières établies sur les terres de l’actuelle Lybie. Hors du cadre légendaire, mais dès son apparition, le terme “Amazone” devient un générique pour qualifier des organisations sociales dans lesquelles les femmes tiennent un rôle de première importance, notamment en tant que membres de l’armée. À la Renaissance, c’est par ce terme que les explorateurs chargés de l’expansionnisme européen se confrontant à ces modèles sociaux les baptisent. Véhiculant une dimension aussi “barbare” que fantasmagorique, le nom diabolise l’inconnu tout en mettant en doute son existence réelle.

En 1892 l’armée royale du Danhomè dirigée par le roi Béhanzin lance une série d’attaques contre les comptoirs français établis sur la côte de l’actuel Bénin. Une armée est envoyée par la France pour s’emparer de la capitale du royaume, Abomey, et contraindre le roi à signer un accord de domination. De 1893 à 1894, les troupes françaises se confrontent à l’armée royale et à son corps d’élite, exclusivement féminin qu’elles surnomment alors “Amazones” en référence aux figures mythologiques héritées de la Grèce Antique. Les combattantes qui leur font face portent un nom vernaculaire bien différent sur le plan symbolique : Minon ou Mino qui signifie en langue Fon “nos mères”.

Image d’archives, “Amazones du Dahomey”, photographie de John Wood prise au Jardin d’acclimatation, 1891, Procédé photomécanique monochrome sur papier imprimé © DR / Collectie Stichting Nationaal Museum van Wereldculturen / Commons

Image d’archives, “Amazones du Dahomey”, photographie de John Wood prise au Jardin d’acclimatation, 1891, Procédé photomécanique monochrome sur papier imprimé © DR / Collectie Stichting Nationaal Museum van Wereldculturen / Commons

Dans l’actuel Bénin, l’emploie du terme Amazone revêt toujours ce caractère paradoxal et fait écho à la normalisation globale du discours violent adressé aux femmes. Évoquant ces guerrières essentielles dans leur dimension historique et patrimoniale, le terme est également employé au quotidien pour décrire une mère célibataire ou effectuant une activité attribuée aux hommes.

À Abomey Calavi, à proximité de Cotonou, l’important lieu d’art Le Centre a engagé un cycle de recherches artistiques et culturelles pour saisir la complexité de cette Histoire et en proposer des restitutions au public béninois. L’exposition majeure “Amazones” qui s’est accompagnée d’une série de conférences, de projections critiques et de débats tout au long de l’année, a entraîné la création d’œuvres engagées inédites qui interrogent la notion de pouvoir et de féminité, en articulant l’histoire du pays et son actualité. Nous avons suivi de près ces événements en échangeant au fil de la saison avec Marion Hamard, chargée des expositions au Centre, ainsi qu’avec deux artistes profondément investies dans l’art féministe local : Moufouli Bello et Sophie Négrier.

Interroger l’histoire et l’actualité de la condition féminine : la recherche du Centre

Depuis son ouverture en 2015, Le Centre s’est rapidement imposé comme un lieu artistique majeur au Bénin comme sur la scène internationale. Placé sous la direction de l’artiste Dominique Zinkpé, cet espace est dédié à la recherche, la conservation, l’exposition et la diffusion du patrimoine culturel béninois et d’art contemporain. Il crée des liens entre le public, son héritage et l’actualité de la scène artistique locale et internationale. Prenant ce rôle de générateur à cœur, l’équipe du Centre a engagé depuis le début de l’année 2017 une recherche sur les Amazones Dahoméennes en partant des objets que le lieu comprend dans ses collections. En effet, au sein du “Petit Musée de la Récade” qu’il accueille sur son site, Le Centre conserve des témoins matériels de cette armée féminine ; des lames ornées que les Minon employaient comme sabres sur le champ de bataille.

Récades zoomorphes de Minon (Amazones), bois et métaux, fin du 19e siècle © Le Petit Musée de la Récade

Récades zoomorphes de Minon (Amazones), bois et métaux, fin du 19e siècle © Le Petit Musée de la Récade

Malgré la place qu’occupent ces femmes dans l’histoire du pays, on ignore encore tout de ces mères. Le manque de documentations dialogue avec une forme d’amnésie patriarcale, et ce silence renvoie à d’autres dénis. En effet, la puissance et la pérennité de cette armée de Minon seraient l’oeuvre de la reine Tassi Hangbe, qui prit la tête du royaume entre 1708 et 1711. Toutefois, l’existence de cette dernière est régulièrement mise en doute, elle n’apparaît d’ailleurs sur aucun appliqué royal. Son nom a presque été effacé de l’histoire nationale.

Selon Marion Hamard, ce passage sous silence fait profondément écho avec la difficulté actuelle à revendiquer des droits dans le contrat social contemporain : « Il n’était pas prévu qu’une femme règne sur le Dahomey. C’est ce qui a fait qu’elle a été évincée du trône par la suite. Il n’empêche que, pendant son règne, Tassi Hangbé a réalisé de grandes conquêtes militaires qui ont participé à la construction du royaume. Alors pourquoi cache-t-on l’histoire de Tassi Hangbé ? Et pourquoi la question du statut de la Femme dans la société actuelle est-elle si peu abordée ? »

Ces questions animent le Centre et sont renforcées par deux artistes contemporains accueillis successivement en résidence de création au cours de l’année 2017. Dans l’exposition concluant sa résidence au Centre, la peintre iranienne Nazanin Pouyandeh présentait un portrait inspiré par le mythe de l’Amazone. On pouvait y admirer un modèle vivant s’emparer d’un héritage, suivant un mode de représentation qui mêle la mythologie à la véracité. Le défi qui émane de ce nu au regard grave, tenant dans son dos le symbole suprême du pouvoir royal, a captivé les visiteurs et marqué l’équipe du Centre. Par la suite, l’artiste ivoirien Djeka élargit encore la réflexion en présentant un travail qu’il conduit sur l’organisation matrilinéaire au sein du peuple Akan.

Nazanin Pouyandeh, Sans titre, huile sur toile, oeuvre réalisée lors de la résidence de l’artiste au Centre en Février 2017, © Nazanin Pouyandeh

Nazanin Pouyandeh, Sans titre, huile sur toile, oeuvre réalisée lors de la résidence de l’artiste au Centre en Février 2017, © Nazanin Pouyandeh

Rapidement, l’équipe du Centre réalise l’importance et la nécessité d’engager le débat de façon collective pour étudier les rapports que la société entretient avec la Femme dans sa mémoire et dans la qualité des rapports quotidiens comme l’explique Marion Hamard : « La dimension historique et traditionnelle est importante au Bénin, et cette recherche a mis en lumière ses paradoxes. Certains comportements actuels se légitiment en invoquant “la tradition”, “l’histoire”… Mais cette histoire apparaît justement comme bien plus complexe, alors que les registres de justification évincent cette complexité. Pour nous, il est essentiel de voir cette histoire comme vivante et dynamique : de travailler transversalement en sollicitant les artistes contemporains et les collections du musée. »

Afin de rendre évidents les liens entre l’héritage et l’actualité, le Centre a adressé aux artistes contemporains un appel à projets autour de l’intitulé “Amazones – De l’histoire au symbole : combats et affirmations des femmes”.

Treize artistes ont été sélectionnés en fonction de la pertinence de leurs propositions. Leurs œuvres, toutes inédites, ont été rassemblées dans un parcours dynamique et novateur. La richesse et la variété des médiums, des points de vue et des pistes de recherches que ces derniers offrent à voir, fait écho à la diversité des profils artistiques que le Centre a sut rassembler pour ce projet.

Prince Toffa, Gnonnou hosù, 2017, sculpture en couture et performance © Sophie Nègrier & Remy Samuz, Amazone, 2017, sculpture © Sophie Nègrier

Prince Toffa, “Gnonnou hosù”, 2017, sculpture en couture et performance © Sophie Nègrier
& Remy Samuz, “Amazone”, 2017, sculpture © Sophie Nègrier

« Amazones » une exposition d’œuvres inédites féministes

L’exposition est organisée en trois espaces thématiques. La première salle rassemble les œuvres qui s’intéressent à l’aspect culturel et historique des différentes sociétés que recouvre le terme « Amazones ». Des représentations de Minon et de ce que ces personnages emblématiques évoquent aux artistes, côtoient une grande installation réalisée par la photographe Sophie Négrier. En entrant dans la pièce, le visiteur est confronté à l’imposant mur de seins que l’artiste a réalisé. Elle explique : « Le sein est essentiel : c’est le sujet de toutes les controverses, la forme de notre féminité, le symbole de notre engagement. »

Sophie Negrier, Icamiabas , 2017, photographies et installation © Sophie Nègrier

Sophie Négrier, “Icamiabas” , 2017, photographies et installation © Sophie Nègrier

L’oeuvre est inspirée de la recherche que Sophie Négrier a mené sur les Icamiabas : une société matriarcale qui aurait existé dans l’actuel Brésil et qui attaque en 1524 le premier Espagnol à descendre le fleuve Amazonie. Le récit traumatique de cet explorateur confronté à cette armée de femmes a rebaptisé le territoire, son fleuve et les sociétés non-patriarcales qui le peuplent. Pour l’artiste, l’idée de communauté apparaît comme dénominateur commun à ces différentes organisations socio-politiques féminines. Elle montre un sein symbole de la singularité et de la collectivité féminine. Dans la légende, ce sein des Amazones est par ailleurs coupé pour que l’idée d’une femme égalant l’homme au tir à l’arc soit envisageable. Il s’agit là d’une célébration de ce sein symbole, comme attribut physique qui connecte toutes les femmes entre elles.

« Dans la plupart des projets que je réalise, j’ai une relation exceptionnelle avec le modèle. Mais ce travail a été particulièrement fort. J’offre à tous mes modèles un morceau du travail, en restitution. L’une d’elles travaille dans une banque. Elle était tellement heureuse qu’elle a fait encadrer la photo du mur de seins que je lui ai offert, et elle et l’a exposée dans son bureau. Quand les gens y viennent, ils voient la photo de ce mur de seins et ils sont très étonnés. Elle joue avec : elle n’hésite pas à dire “il y a mon sein dans cette photo !” Je trouve ça génial, très fort ! Ce ne sont pas des femmes particulièrement sensibles à l’art qui ont été sollicitées. Ce projet a permis une triple rencontre : avec la démarche artistique, avec elles-mêmes et entre elles. Elles m’ont confié que cette expérience d’avoir un sein pris en photo les avait vraiment faites se sentir exceptionnelles, plus importantes que si elles posaient comme mannequins, habillées avec des vêtements. »

Sophie Negrier, Carte communautaire d’identité, installation, 2017 © Sophie Nègrier

Sophie Négrier, “Carte communautaire d’identité”, installation, 2017 © Sophie Nègrier

Au fil de sa réalisation, le projet de l’artiste a pris une ampleur inattendue. Sophie Négrier pensait exposer des seins individualisés, rassemblés en constellation, mais son projet est sorti du cadre de l’image pour devenir un véritable réseau : « L’idée de communauté liée par le sein qui nourrissait mon projet au départ s’est accentuée. Mes amies en ont parlé à des amies et tout ça a créé un mouvement exponentiel. On a rapidement senti que le sujet rassemblait autant qu’il se diffusait pour intéresser toujours plus de femmes. Je ne gérais plus ! Pour moi ce projet était un engagement idéologique, mais aussi une tentative de mise en relation. Et c’est véritablement ce qui s’est produit. C’est le début, la mise en marche d’une communauté féminine, ici. »

L’artiste a donné naissance à une communauté fictive d’héritières imaginées des Icamiabas. Elle a inventé des cartes de membres sur lesquelles la photo d’identité est remplacée par le sein. Elle met en lumière l’importance de la solidarité, du sens de collectivité, entre femmes, pour se faire entendre.

Le deuxième espace de l’exposition conduit le visiteur dans une petite pièce centrale, un lieu de transition où sont rassemblées les œuvres qui questionnent les stéréotypes pesant sur la féminité. Selon Marion Hamard, l’exiguïté de ce lieu s’est prêtée à l’expérience que le Centre voulait proposer dans cet endroit : « Cet espace qui habituellement tend à être un handicap pour nos expositions, était ici au service de notre idée. Dans ce lieu central et étroit, les œuvres de Mark Brusse, Joannès Mawuna, et Nathanael Vodouhé mettent en lumière l’obsolescence d’une définition étroite et fermée de la féminité qui renvoie automatiquement à la difficulté de se définir en tant qu’homme. »

Joannès Mawuna, Gnonnou Assouka, 2017, photographies © Sophie Nègrier

Joannès Mawuna, “Gnonnou Assouka”, 2017, photographies © Sophie Nègrier

Le dernier espace de l’exposition se concentre sur les difficultés et les luttes qui entourent la Femme dans la société actuelle. L’oeuvre de Sénami Donoumassou montre la pluralité des féminins et casse le stéréotype prêté au sac à main en invitant le visiteur à découvrir ce que ces intimités cachent. Plus loin, les fragments de corps photographiés par Mounia Youssef se présentent comme un manifeste de la beauté noire : un appel de l’artiste à lutter contre le blanchiment de la peau et contre l’industrie cosmétique qui incite les femmes à dénaturer leurs corps.

Mounia Youssef, avant Moi j’étais Moi, 2017, photographies © Sophie Nègrier

Mounia Youssef, “avant Moi j’étais Moi”, 2017, photographies © Sophie Nègrier

Sénami Donoumassou, À sac ouvert, 2017, installation © Sophie Nègrier

Sénami Donoumassou, “À sac ouvert”, 2017, installation © Sophie Nègrier

Ces deux œuvres installent un dialogue puissant avec l’oeuvre de Moufouli Bello qui enferme le visiteur dans une salle diaphane, oppressante, sur les murs de laquelle des insultes viennent pleuvoir. Encerclés par ces mots et coincés entre deux miroirs, dont les perspectives respectives créent une vertigineuse mise en abîme, le corps du spectateur fait l’expérience physique de la dégradation du « moi » par la violence verbale. Moufouli Bello explique : « L’installation confronte directement le visiteur avec ce qui est injuste, intolérant, sexiste et déshumanisant pour la gente féminine et le met devant ses responsabilités. Il y a un besoin de présenter les choses sans fard et sans détour. C’est un appel à l’insoumission face à l’absurdité de la condition féminine dans les sociétés patriarcales. Elle expose la situation actuelle des combats féministes, ses raisons et ses vulnérabilités. Une symbolique de l’existence d’une histoire de ces dits combats et de la perpétuation dans le temps des inégalités. Ce qui démontre qu’il reste encore à faire et qu’il faut rester sur ses gardes quant aux acquis. »

Moufouli Bello, We should disobey, 2017, installation © Sophie Nègrier

Moufouli Bello, “We should disobey”, 2017, installation © Sophie Nègrier

L’équipe du Centre et les artistes rassemblés par l’exposition ont été enthousiasmés par les réactions du public et par l’engouement que l’exposition a suscité. La portée de la recherche, des temps d’échange qui l’ont nourrie et de la présentation des œuvres au public a “fait son effet”, comme le décrit Sophie Négrier : « Ce projet est important : il pose plein de questions et il a permis aux femmes de s’exprimer. Moufouli Bello par exemple, a utilisé des mots, des mots terribles qu’on entend tous les jours au Bénin, des phrases qui ont intégré le quotidien, dont les femmes sont victimes en permanence. »

L’impact des œuvres sur le public est confirmé par Moufouli Bello qui revient sur les réactions qu’elle a observées lorsque les visiteurs ont découvert son installation : « Cette installation mettait directement l’accent sur le sexisme systémique de notre société , la base de toutes les inégalités. Elle a donné lieu à des discussions acharnées entre les visiteurs. Les réactions étaient diverses, gênées, bravades, ironiques, surprises, désolées, j’ai vu beaucoup de déni également. Certains même ont reconnu des phrases qu’ils se sont déjà entendu dire à des femmes, ou qui s’y sont retrouvés confrontés. Cette exposition a créé un malaise et a généré un début de remise en question : il y a eu beaucoup de rires jaunes. »

Moufouli Bello, We should disobey, 2017, installation © Sophie Nègrier

Moufouli Bello, We should disobey, 2017, installation © Sophie Nègrier

Réparer les mémoires : une récade pour la reine Tassi Hangbe

Forte de cette dynamique de libération de la parole, l’équipe du Centre approfondi la recherche engagée sur la reine Tassi Hangbe, dont l’histoire reste à écrire pour intégrer le récit collectif. En sa qualité de centre d’art et de lieu de conservation du patrimoine historique hérité du royaume du Danhomè, Le Centre a proposé de réparer ce vide par la réalisation d’une oeuvre symbolique. Le musée a lancé un nouvel appel à propositions destiné aux artistes contemporains, les invitant à réaliser une récade royale pour la reine Tassi Hangbe. Chaque souverain ayant accédé au trône en possédait. La récade représente à la fois la continuité du pouvoir transmis par une reproduction formelle, tandis que les matières et les ornements qui l’habillent expriment la singularité, le caractère unique, de celui pour qui elle est conçue.

Deux propositions ont été retenues par l’équipe du Centre pour leur justesse, leur originalité et leur complémentarité. La récade proposée par Sénami Donoumassou utilise les jeux de couleurs et de matières précieuses que l’on retrouve sur les œuvres issues de l’art royal. Sa récade montre un travail esthétique d’une grande finesse qui repose sur des jeux de contrastes, de textures, de coloris et de luminosité en alliant le bois au cuivre et au bronze. La deuxième récade, imaginée par l’artiste Daavo, s’inscrit dans un registre plus contemporain. Il assemble un poste de radio à un rouleau de peinture entouré de broderies fines sur lesquelles sont apposés des fragments de miroirs.

« Dans quelques mois, les récades contemporaines Hommage à Tassi Hangbè de Sènami Donoumassou et Daavo rejoindront le musée et seront présentées à l’occasion du deuxième accrochage de notre collection. Symboliquement, nous lui rendons sa place. »

Sénami Donoumassou, Une récade pour la reine Tassi Hangbe, ébauche du projet, 2018 © Sénami Donoumassou

Sénami Donoumassou, “Une récade pour la reine Tassi Hangbe”, ébauche du projet, 2018 © Sénami Donoumassou

Les œuvres, les idées et les échanges engendrés par cette initiative constituent un véritable apport dans l’écriture de l’histoire au présent et au sein du débat international. L’emploi du langage artistique et sensible répare ici les mémoires, comble des vides historiques, révèle des incohérences et amène le public à questionner en profondeur les théories du genre. Ce cycle démontre encore combien l’engagement du monde de l’art vis-à-vis de la société permet une appropriation, une ré-invention et une émancipation que le discours officiel n’offre pas.

 

Pour en savoir plus :

Le Centre, Lobozounkpa, Abomey Calavi, Bénin : http://www.lecentredubenin.org/

Alpern, Stanley B. (1998). “On the Origins of the Amazons of Dahomey”. History in Africa. 25: 9–25.

« Les « Amazones du Dahomey », des femmes-soldats dans l’Afrique précoloniale ». JeuneAfrique.com (blog), 11 juillet 2017. http://www.jeuneafrique.com/452511/culture/las-amazones-dahomey-armee-de-femmes-soldats-lafrique-pre-coloniale/.

Poirier, Jules. Campagne du Dahomey, 1892-1894. Précédée d’une étude géographique et historique sur ce pays et suivie de la carte au 1/500,000e établie au Bureau topographique de l’État-major du corps expéditionnaire par ordre de m. le général Dodds. Paris [etc.] H. Charles-Lavauzelle, 1895. http://archive.org/details/campagnedudahom01poirgoog.

Savarese, Éric. « L’histoire officielle comme discours de légitimation. Le cas de l’histoire coloniale ». Politix. Revue des sciences sociales du politique 11, no 43 (1998): 93‑112. https://doi.org/10.3406/polix.1998.1744.

 

08.06.2018 – Article de Cléophée Moser – Images: Courtesy of the artists, Sophie Négrier & Le Centre, Abomey Calavi.

More about Cléophée Moser :

Nourrie par les déplacements, les images et les idées qui bousculent les frontières, Cléophée Moser est une artiste vidéaste et chercheuse en art contemporain et sociétés. Diplômée de Camberwell College of Arts à Londres en arts appliqués et de l’École du Louvre à Paris en anthropologie et histoire de l’art, elle a également suivi une formation de cinéaste à la Baltic Film and Media School de Tallinn. Pour questionner les relations intra, interculturelles et territoriales, elle allie sa sensibilité artistique à ses outils de recherche scientifique. En 2016 et 2017, elle publie deux mémoires de recherche sur le continent Africain : une enquête sur les armes-jouets fabriquées par les enfants qui interroge les liens entre rituel et jeu, ainsi qu’un étude sur le langage de la couleur dans l’art contemporain du Bénin. En 2017, elle s’engage officiellement dans la recherche artistique  conduite à l’internationale sur la question des frontières (genre, classes, territoires) en prenant part au postmaster « Moving Frontiers » à l’espace Doual’Art au Cameroun et en créant le collectif d’art engagé Eaux Fortes avec Marynet J et Julie Aubry-Tirel à Strasbourg.

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