IAM… Farah Khelil, Artiste – Tunisie

Farah Khalil, Point de vue, Point d’écoute (Clichés 1), 2012. Acrylique sur tableaux d’artisans. Courtesy de l’artiste

Farah Khalil, Point de vue, Point d’écoute (Clichés 1), 2012. Acrylique sur tableaux d’artisans. Courtesy de l’artiste

IAM… A Woman of Art : durant le mois de mars, IAM met en lumière 8 femmes actives dans le monde des arts, de la mode et du design. Après Emilie Regnier, Eve De Medeiros, Majida Khattari et Nana Oforiatta-Ayim, Farah Khelil répond à nos questions.

Farah Khelil (née en 1980 à Carthage, Tunisie) est diplômée de l’ Institut des Beaux-Arts de Tunis et est titulaire d’un doctorat en Art et Sciences de l’Art ( Paris I Panthéon- Sorbonne). Elle vit et travaille à Paris. C’est la galerie d’art Mamia Bretesche  qui accueille sa première exposition personnelle intitulée “Transduction”. Entre photographies et vidéos, Farah Khelil nous entraîne dans un univers troublant et touchant dans lequel elle s’amuse avec nos sens, notre perception des choses, des formes…

IAM : Dans un monde hyper-connecté et toujours plus petit, que signifie pour vous être un artiste ?
Farah Khalil : L’artiste s’adapte à son époque et l’hyper-connexion peut connecter l’artiste mais aussi le renfermer. Ce mode d’individuation permet la visualisation d’un phénomène en train de se faire. Ce qui est nouveau c’est la communication visible par tous. Cette conscience collective engendre un nouveau comportement et un nouveau mode d’existence au monde. L’artiste a la capacité de l’exprimer à travers une pratique et une démarche créative.

IAM : Quel nom vous vient en premier à l’esprit lorsque vous pensez à un(e) artiste, styliste, designer qui vous a particulièrement inspirée ?
F.K. : Marcel Broodthaers. En 1963, il a réalisé un recueil de poèmes intitulé “Pense-Bête”. Il colle des morceaux de papier de couleur, découpés selon des formes géométriques simples, généralement carrées ou rectangulaires, sur certaines pages, masquant ainsi une partie du texte, n’en autorisant qu’en partie la lecture. Un an après, il transforme les cinquante exemplaires du poème en les solidifiant dans du plâtre les transformant en sculpture. Geste qui symbolise le passage de la littérature vers le monde des arts plastiques par le processus de réification du langage. Ce geste de l’artiste est un acte d’enterrement de sa production passée de poète par occultation et effacement. Par ce procédé le poète devient artiste plasticien. Je trouve ce procédé poétique et renvoie à une figure assez actuelle de l’artiste interdisciplinaire, car le recours à différentes techniques peut enrichir une démarche et également donner suffisamment de recul pour pouvoir critiquer et remettre en cause sa propre pratique.

Fig1 Farah Khelil_ Holes_2014 Vidéo Courtesy de l’artiste

Farah Khelil, Holes, 2014. Vidéo Courtesy de l’artiste

IAM : Comment définissez-vous votre travail ?
F.K. : Ma démarche découle de recherches et expérimentations autour des notions de point de vue et de point d’écoute pour les interroger comme condition d’accès à un phénomène. Je porte une attention particulière à ce qui est à côté de l’œuvre exposée, sa part cachée, comme sa légende ou l’appareil de médiation pour les voyants et malvoyants. S’installent alors dans mon travail des protocoles de distanciation, de cécité et des jeux de dissimulation et de dévoilement des sens. Ce jeu de dissimulation des informations présentes dans la matière première que je manipule contribue à la mystification de ce qui par conséquent devient absent, manquant. Ainsi, je force le spectateur à reconstituer par tâtonnement ce qui lui échappe.

L’œuvre Bruits illustre bien ce propos. Il s’agit d’un film d’animation où il est question de brouiller l’information tout en révélant ainsi une nouvelle image. Le film dévoile progressivement 22 phrases d’un manuel d’apprentissage à l’écriture en pointillé. Les phrases servent à guider le trait point par point pour former les lettres et permettre ainsi de mémoriser l’écriture par le geste. Toutes ces phrases se superposent progressivement pour constituer un bruit visuel. Ce que je trouve intéressant dans ce film est le fait de rendre l’information inaccessible pour provoquer la contemplation d’un phénomène énigmatique. Une dé-révélation de laquelle nait l’informe.

Farah Khelil, Bruit, 2015, film d’animation, 4:26 mn, Courtesy de l’artiste

Farah Khelil, Bruit, 2015, film d’animation, 4:26 mn, Courtesy de l’artiste

IAM : Quels sont vos projets pour les prochains mois ?
F.K. : Aujourd’hui, je travaille sur un projet qui représente un nouveau cycle de recherche et d’expérimentation davantage orienté vers l’exploitation d’archives à travers la technique de projection qui découle de la trouvaille originale d’une collection usagée de diapositives destinée aux touristiques. Je mène alors une série d’expérience sur ce matériau qui était très utilisé avant l’ère du numérique. Ce travail s’inscrira dans le thème de la fouille et l’exploitation des données d’archives dans une démarche de l’artiste en archéologue.

IAM : Un événement ou un lieu à ne pas manquer en 2016 ?
F.K. :
La Tunisie. Aujourd’hui et en raison d’un contexte social et culturel particulier, il y a un bouillonnement artistique sans précédent dans son histoire. De nombreux événements artistiques valent le détour et sortent des sentiers battus et de ce qu’il était alors assez convenu de voir dans ce pays.

IAM…  IAM what I create.

21.03.2016 – Propos recueillis par la rédaction – Images : Farah Khelil

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