MMVI : Le musée tant attendu

Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

Le premier musée d’art moderne et contemporain du Maroc a ouvert ses portes à Rabat en octobre dernier. Homme d’art et de culture, Abdelaziz Elidrissi, directeur inspiré du Musée Mohammed VI (MMVI) partage avec IAM son enthousiasme pour ce nouveau lieu de création, d’échange et de transmission. Il évoque aussi la place incontournable des femmes sur la scène artistique marocaine.

IAM : L’inauguration du Musée Mohammed VI a attiré beaucoup d’attention tant au Maroc qu’au delà. Comment définissez-vous la mission du musée, ses objectifs et ses promesses ?
AE
: Oui effectivement… Tout d’abord il est important de considérer le musée dans son contexte : en premier lieu celui de répondre à une attente à l’échelle nationale et formulée par les artistes depuis environ 50 ans. En deuxième lieu, ce musée a été conçu à partir d’idées, de concepts et n’est pas né ‘clé en main’. Il a été construit pierre par pierre, défini et construit après de nombreux débats et une réflexion sur la représentation de la création artistique. Enfin, le musée que vous voyez maintenant vient aussi fêter 100 ans de muséologie au Maroc.

Le Musée Mohammed VI est le premier musée que le Maroc a construit après l’Indépendance – mise à part les premiers musées ethnographiques et dans les années cinquante des musées qui se penchent plus sur l’archéologie ou encore la question de l’identité. C’est aussi le premier musée d’art contemporain en tant que tel au Maroc : un musée qui permet aux Marocains de construire une première synthèse sur l’art moderne et l’art contemporain; qui fait découvrir les artistes marocains de la diaspora qui n’avaient jamais eu d’espace muséal et enfin qui permet d’introduire et d’enrichir les artistes Marocains en matière d’art contemporain et d’avoir une ouverture d’esprit plus large.

Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

 

IAM: Vous insistez sur l’introduction, l’ouverture d’esprit et l’enrichissement des jeunes artistes. Des valeurs également inscrites dans la mission du musée ?
AE: Oui, ce musée fonctionne d’abord comme une plateforme pour les artistes marocains ; un espace d’expression et de création situé au Maroc. Il faut noter que la plupart de nos artistes contemporains nous viennent de la diaspora marocaine. Cette diaspora n’a pas trouvé, jusqu`à aujourd’hui, d’espace muséal qui puisse lui permettre de créer localement et de contribuer à la naissance d’une jeune scène artistique locale. Cet espace existe désormais.

IAM : Vous avez choisi d’inaugurer le musée en proposant au public « 1914 – 2014 : 100 ans de création marocaine », une exposition divisée en 2 grande parties : l’art contemporain tout d’abord puis l’art moderne. Pouvez-vous nous en dire plus ?
AE : Cette exposition inaugurale constitue la ligne éditoriale du musée. Elle a pour objectif d’initier le grand public à l’art moderne et contemporain marocain et de traiter une thématique assez large, avec de nombreux artistes qui, étape par étape, couvre 100 ans de créativité. En ce qui concerne la représentation de l’art contemporain dans l’exposition, nous avons voulu une mise en scène forte. Dans un espace similaire à un centre d’art contemporain qui permet aux artistes de s’exprimer librement, de travailler in situ et où le public peut avoir un contact assez direct avec les artistes ; un espace qui dépasse la conception classique de ce qu’est un musée.

Art Moderne - Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Art Moderne – Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

 

Art contemporain - Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Art contemporain – Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

 

Photographie - Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Photographie – Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

 

IAM : Acquisition d’oeuvres, formation des talents émergents, conservation et archives? Comment aborderez-vous ces domaines clés pour la transmission du patrimoine artistique aux générations futures.
AE : Pour la conservation et les archives, en se dotant de structures capables d’intervenir dans la conservation, de noyaux de laboratoires qui peuvent aussi agir à titre préventif. Pour les acquisitions, en mettant en place une commission qui va travailler sur les acquisitions. Le musée va se doter d’une politique d’acquisition, qui va non seulement aider les artistes mais aussi construire une collection sur des bases solides. Ce ne sera plus le choix individuel d’un conservateur, mais de toute une commission scientifique qui aura la légitimité de choisir et de définir La Collection du musée. Enfin, nous avons voulu créer un musée vivant avec une politique de médiation culturelle, des espaces pédagogiques, des ateliers de formation ; le tout dans un but de transmission du savoir et du savoir-faire. Des conférences et une programmation culturelle de qualité va permettre au musée de jouer son rôle.

IAM : Justement, sur les thèmes du développement par l’éducation et de l’éducation par l’art, á la fois pour le grand public et pour la jeunesse en particulier, on a vu se développer ces dernières années des actions de représentations artistiques au delà des murs du musée, au sein même de l’espace public. Qu’en sera-t-il au MMVI ?
AE: Même si cette action ne se fera pas dans l’immédiat, nous travaillons activement à la définition d’une programmation culturelle dans l’espace public. En juin prochain par exemple, nous avons programmé un festival de Street Art qui va sortir du musée pour aller exploiter les rues. Ce rendez-vous a pour volonté de fusionner le musée avec l’espace public.
En parallèle, notre programmation culturelle en général, que ce soit des rencontres mensuelles avec des intervenants ou des experts nous permet d’être présent de façon constante auprès de tous les publics. Et notamment de drainer un public d’initiés ; de permettre au musée d’être en relation avec des universitaires, chercheurs, artistes, critiques d’art, journalistes. Une programmation qui transforme le musée en véritable plateforme, espace de rencontres et dont le but est de créer une synergie au point de vue national et de toucher la totalité de la vie culturelle.

Crédit photo: Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

IAM : Au sujet de la place des femmes sur la scène artistique marocaine. Quelle est votre vision de leur contribution et de leur rôle ?
AE : Oui bien évidemment, les femmes ont une place très importante sur la scène artistique du Maroc et cela ne date pas d’hier. Depuis la création notamment de l’école des Beaux-Arts de Tétouan et la nomination de la première lauréate dans les années 50, de nombreuses femmes se sont distinguées artistiquement et ce de manière très variée. Dès le début, les femmes ont pu choisir d’être artiste et nous en sommes aujourd’hui à la 3ème génération avec un très grand nombre d’artistes féminines. Parmi la jeune génération, je nommerai : Yto Barrada : Une artiste magnifique, de grand talent et d’audace. Elle a une connaissance véritable de la société marocaine ; une vision qui dépasse la modernité et en même temps très enracinée dans sa culture locale. La plasticienne Safaa Erruas : Extraordinaire, très fine et aussi percutante. En photographie, je nommerai par exemple Lalla Essaydi, que je situerai plutôt entre la 3ème génération et 4ème génération avec une relecture personnelle du patrimoine artistique ‘colonial’. Elle décortique la société marocaine, cette vision ancienne que nous avons gardé en chacun de nous. En peinture, l’incontournable Najia Mehadji bien entendu.

Les Couteaux, 2006

Safaa Erruas – Les Couteaux, 2006. Ekwc production- Couteaux en porcelaine avec images de l’oeil humain imprimées. Dimension variable. © Safaa Erruas

Harem #14 - Tirage chromogène argentique aluminium, 122 x 150 cm. Courtesy de l'artiste et Galerie Tindouf

Lalla Essaydi, Harem #14 – Tirage chromogène argentique aluminium, 122 x 150 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Tindouf

Il existe en réalité parmi toutes ces artistes un foisonnement et une très grande diversité de visions et de supports artistiques accompagné d’une véritable volonté de transmission de savoir et de savoir faire. Une spécificité certainement marocaine jusqu’à présent.

IAM: En conclusion, que répondriez-vous à  la question: IAM ?
AE : IAM a Museum!!

 

Le site du Musée d’art moderne et contemporain Mohammed VI

18.01.2015 – Propos recueillis par l’équipe de rédaction – Crédit photo: Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain

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